Les photos de soirées d'Olivia de la Baume

Tout juste membre de l'équipe photo du magazine OAZARTS, Olivia de la Baume a fait de la nuit son terrain de prédilection ces dernières semaines.

Minuit passé, l'environnement évolue, les situations aussi.

"Cette série de photos porte sur le thème de la fête. Je photographie avec un appareil photo jetable. Les jeunes alcoolisés en fin de soirée sont au cœur de mon projet. Je me suis penchée sur des détails, des ambiances, des atmosphères croisées dans des soirées parisiennes, des boites londoniennes et des festivals, ici à Lille."

 

Louise Carrasco x OAZARTS 10

Louise Carrasco incarne la scène montante de la photographie Française.

Bercée depuis toute petite par la photographie argentique, elle dégotte son premier boîtier à l’âge de 14 ans. Eternelle adolescente, ses photographies témoignent de ses amours passés, de liberté et d’un sentiment assez fort de rébellion. Si la photographie de mode n’est pas son premier amour elle y vient assez rapidement, n’hésitant pas à flirter avec les blocs de cité ou les larges avenues de Santiago du Chili où elle est née. Précise et juste, Louise cherche ses mannequins pendant des semaines.

Les images sélectionnées pour OAZARTS et publiées dans le numéro 10 ont été shootées au Chili et en France.

Lucien Murat - "Krabi Krabong art" (Interview 2015)

Essaimant des fragments emblématiques de l’histoire dans le chaos très organisé et le charivari d’une palette qui met en scène un univers «cartoonesque», où cohabitent tronçonneuse, boyaux et têtes de morts, globes oculaires sanguinolents, membres arrachés et icônes disloquées par la caricature, Lucien Murat, amateur de boxe thaï, livre un puzzle où toutes les pièces, remarquablement emboîtées les unes dans les autres, pourraient à tout moment voler en éclats et retourner à une énigme qui n’est finalement jamais résolue. Huysmans aurait aimé ce travail « fourmillant de grotesques terribles, de succubes, de larves à la Goya ». Mais contrairement au jeune Léo, qui se lance « tête baissée dans le marécage des lettres », Lucien Murat tient la sienne hors de l’eau, loin des passions, des cataclysmes et visions apocalyptiques qui agitent ses compositions. Il est un des personnages principaux du roman «LE REGARD DE GORDON BROWN» publié aux éditions JOËLLE LOSFELD/GALLIMARD et sorti en librairie le 28 août 2015.

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Dans le livre, on te retrouve sous les traits de Lucian Abu Achillovitch, dit Lucian The Young. Comment as-tu été embarqué dans cette aventure ?

Barthélemy (Théobald-Brosseau, l’auteur du roman) est un ami très proche. Nous parlons littérature et art lors de longues balades où nous échangeons sur nos créations ou nos influences. Il nous arrive même de travailler l’un à côté de l’autre. J’ai effectivement influencé ce personnage, je pense que c’est ma caricature d’artiste entêté et solitaire. Comme dans toute caricature les traits sont poussés à l’excès pour faire ressortir certains penchants du monde de l’art.

Je suis fasciné par le travail de Bosch et de Bruegel. Barthélemy rend hommage à Bruegel le Jeune en donnant le sobriquet de Lucian The Young à son personnage. Les tableaux de Bruegel renferment une multitude de narrations liées entre elles par une ambiance presque onirique. Je procède de même dans mon travail. Ma démarche est un exercice de collage. Je collectionne des canevas chinés que j’assemble les uns aux autres afin de créer de larges patchworks sur lesquels j’interviens à la peinture acrylique. Je confronte un univers kitsch et un univers personnel inspiré de la mythologie, de l’histoire et de l’actualité.

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Te comportes-tu comme Lucian : « Enfermé dans son atelier, des petites heures du matin jusque tard dans la nuit, entouré d’œuvres d’art en cours ou déjà finies... Il parlait à voix haute haranguant devant son miroir un jury imaginaire, devant son bidet, les maîtres du passé ; demandant ici à Rembrandt, là au Caravage ce qu’ils pensaient de ce noir ; à Manet, si le poids des nuages était suffisant. » (p. 69 et 70.) As-tu l’impression d’appartenir à une confrérie ou le métier est-il résolument individualiste ?

Lucian est résolument inspiré de Lucien. Lorsque je travaille, je m’isole et je me coupe du monde. L’atelier agit comme une bulle hermétique. Je crée mon île où je m’enferme. Être artiste, c’est être démiurge. On est traversé par une énergie puissante et forte qui vous garde éveillé toute la nuit, qui pousse une idée jusqu’à l’obsession. C’est un sentiment plus fort que le sentiment amoureux, c’est difficile à expliquer.

Mon travail s’inscrit dans la continuité des artistes qui m’ont précédés : Bosch, Gaetano Zumbo, Nolde, Baselitz, Berlinde de Bruyckere, les frères Chapman, Grayson Perry, Damien de Roubaix, etc. Mon travail dialogue avec eux, puise des références. Ils agissent comme des tuteurs et m’aident à faire évoluer ma démarche. Je ne revendique pas appartenir à telle ou telle école ou confrérie mais je dirais plus que j’ai des accointances d’univers avec certains artistes. « Il sculptait, peignait, dessinait, tapissait, carrelait, zinguait. »

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Faut-il ne rien exclure pour trouver son identité, sa patte, sa signature ?

L’artiste doit être un pionnier, un explorateur. Cela veut dire que tous les moyens sont bons pour exprimer sa vision et sa pensée. Il ne faut pas se limiter, jamais. Nous vivons dans une époque formidable où la technologie évolue et offre d’incroyables possibilités.

Tu as reçu une formation aux Ateliers de Sèvres avant d’intégrer St Martin’s à Londres. Nous avons interviewé il y a quelques mois l’artiste Myriam Mechita qui a travaillé avec Sèvres et qui a bâti un monde d’hybrides, avec une obsession de corps amputés ou décapités mis en scène dans un vomissement de perles et paillettes. Son univers en/de tensions très esthétisé s’organise avec de grands espaces de respiration. Tes corps, têtes et boyaux inclus, paraissent pris dans un nœud gordien que rien ne semble devoir trancher, excepté un jour la décision du peintre de passer à autre chose. Comment cohabites-tu avec ces démons ?

J’aime beaucoup le travail de Myriam Mechita, je l’ai découverte à l’exposition «Astralis» à l’espace Vuitton. J’ai besoin d’être giflé, malmené, lorsque je suis face à un travail artistique : je veux que ça dégueule. À 27 ans, j’ai mis un nom sur mes démons, j’ai alors compris la source de tout cet hybris. Il faut que ça sorte, c’est comme ça et pas autrement. Je suis donc dans l’accumulation, la superpositon et l’enchevêtrement. La relation que j’ai avec mes démons est paradoxale : je les hais car ils proviennent de blessures pénibles et profondes et pourtant sans eux je n’aurais jamais été artiste. Le livre L’INTRANQUILLE de Gérard Garouste m’a beaucoup aidé à comprendre et à appréhender ce désordre intérieur. J’ai un réel plaisir à peindre, à accoucher d’un monde. C’est extrêmement jouissif d’être démiurge.

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Hervé et Richard Di Rosa, François Boisrond, Robert Combas et les artisans de la figuration libre revendiquent clairement les influences de la BD, du rock, du graffiti. Les jeux vidéo ont-ils une importance dans ton travail, je pense à IDDAD-IDKFQ ?

J’appartiens à la génération qui a vu le jeu vidéo exploser. On est tout d’un coup passé de Pong à Doom ou à GTA, des jeux ultra-violents. J’avais 7 ans lorsque j’ai découvert Doom, c’était la première fois que je pouvais interagir dans un univers virtuel. C’était comme si je pouvais me mouvoir dans un cauchemar et prendre des décisions : où aller, quelle arme utiliser, qui tuer. Ce qui m’attire dans les jeux de mon enfance, c’est le côté pixélisé, crade, peu précis, qui fait écho selon moi aux images en basse résolution que l’on peut trouver sur Internet.

Ces images, par leur cadrage, sont comme des extraits d’une réalité passée, et la prédominance des pixels qui les composent leur donne un côté abstrait. Les écrans et donc les pixels sont devenus le prisme à travers lequel nous percevons le monde, qui me semble donc parfois très abstrait.

« Lucian était fasciné par la fin du monde, par sa représentation, et son impact sur l’inconscient collectif. Il s’employait jour et nuit à créer un système, mêlant l’imagerie romanesque et apocalyptique de John Martin à la verve satirique des grands maîtres satiriques du xixe siècle, les Gillray, Cruikshank, Daumier. » («Le Regard de Gordon Brown».) L’accumulation de «savoirs savants » conduit-elle à une transe fertile et créatrice ? Faut-il au contraire apprendre à désapprendre pour tracer son sillon ?

Je crée un univers chaotique, un monde où les valeurs et les hiérarchies sont renversées, où le jugement normatif ne peut se fixer, offrant l’espace nécessaire à l’appréhension des tabous, préjugés et angoisses profondes de notre société contemporaine. Je suis très influencé par la veine artistique anglo-saxonne et plus particulièrement par ce que les Anglo-Saxons nomment « uncanny ». Cela pourrait être traduit par « bizarre », « étrange ». Cela évoque une idée de dissymétrie qui me fascine et me guide dans l’avancée de ma démarche. Je suis attiré par les travaux de Grayson Perry ou des frères Chapman mais aussi par une fleur morte ou un tronc d’arbre. J’entends par là qu’il ne doit pas y avoir d’ordre d’importance entre les influences. L’artiste doit être une éponge qui absorbe sans discontinuité.

Une chose qui peut sembler prosaïque et sans importance au premier abord peut avoir pour moi une importance capitale. Dans « Did You Go to a Rat School », par exemple, j’ai délégué l’acte créatif à l’animal le plus insignifiant, le plus répugnant : le rat. La vue de certaines choses déclenchent chez moi des flashs où apparaissent des idées pour mon travail. Ce n’est donc pas un apprentissage qui induit une certaine idée de labeur, mais plutôt une curiosité exacerbée qui anime ma démarche.

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On te voit parfois assis en tailleur sur la toile peinte et mettre une touche finale à ton travail. S’agit-il de communication ou, quand tu es arrimé et quasiment dans la toile, cette position a-t-elle une influence sur le travail ?

J’ai un rapport physique avec mon travail. Dans un premier temps, il y a une réflexion et une projection mentale, j’ai une sorte de flash où je vois le travail. Puis vient le temps de la réalisation et de la pénibilité, je me soumets entièrement au travail, je deviens esclave. Les gens ont parfois une vision très romantique de l’artiste dans son studio, mais mon quotidien se rapproche plus d’un travail d’usine.

Lors de ma résidence à Ajaccio pour l’installation LA RETRAITE SANS PASSER PAR MOSCOU, VOUS NE TOUCHEZ PAS 20000 EUROS, j’ai dû peindre plus de trois cents soldats en bois, répéter les mêmes gestes encore et encore du matin au soir. Je sens dans mes muscles, dans mon dos que mon corps travaille. Je suis souvent à genoux lorsque je peins, ce n’est pas une position anodine, elle évoque la soumission au travail.

Par Balthazar Théobald Brosseau

 

 

Marc Freeman - "Il est libre, Marc !"

Par le rythme de ses formes et le jeu des couleurs, la fluidité de ses courbes et figures, la peinture de Marc Freeman évoquait pour nous les estampes japonaises. Sans jolies femmes, sans courtisanes et créatures fantastiques, il nous semblait percevoir une narration joyeuse et légère comme si l'artiste transcrivait d'une nébuleuse invisible une série de mises en scène familières et sophistiquées. 

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Marc, suis-je dans le juste en faisant le lien entre ton travail et le Japon ?

Tu es le premier qui me parle de cela. C’est amusant parce que j’ai grandi dans une maison entourée d’estampes japonaises du mouvement ukiyo-e. Un des amis de mon père était un grand collectionneur d’art japonais, il faisait des allers retours avec l’Asie très régulièrement et chinait là- bas des choses incroyables. Mon père en a acheté un bon nombre avant ma naissance. Ces estampes ont bercé mon imagination et ma création pendant des années. Je leur trouvais une légèreté dans la composition, dans l’organisation des différents flux, une sorte de douceur. L’esthétisme semble prendre le bas sur le sujet, c’est assez passionnant.

La ligne de couleur qui relie les formes géométriques ressemble à un paraphe. Comment est née cette ligne qui prend des formes différentes d'un tableau à l'autre ?

La ligne est à la fois une référence au « Grand Geste » qui a marqué l’histoire de l’art abstrait qu’à l’outil pinceau informatique. Ces deux gestes sont chacun l’antithèse de l’autre puisque l’un des deux se réfère au corps de l’artiste comme personne tandis que l’autre peut s’effectuer d’un coup de poignet sur la souris de l’ordinateur et traduit en pixels. J’aime la relation entre la surutilisation du langage informatique et son rapport à l’humain. Dans le cadre de ces recherches, j’ai créé une image à petite échelle, sur l’ordinateur et l’ai ensuite traduite à grande échelle sur la toile. Je masque les bords pour faire référence à la perfection numérique mais j’applique la peinture moi même pour accentuer l’utilisation de la brosse par la main.

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Utilises-tu l'acrylique ou composes tu les tableaux avec des collages ?

Le processus implique une première étape esquissée, à petite échelle puis terminée à l’ordinateur avant d’être reproduite sur la toile. Je m’adapte aux matériaux qui m’inspirent. Certaines matières ne peuvent pas se superposer à d’autres donc il faut que je sois relativement organisé dans mes intentions.

En 2014 tu intègres le classement des 100 peintres de demain ! Cette publication a -t-elle changé le regard de tes collectionneurs ?

J’ai des collectionneurs partout en Europe et on m’écrit tous les jours pour me féliciter, acheter mes oeuvres. Cela apporte une vraie mise en avant et donne de la confiance. Avant le livre, je ne touchais qu’un cercle très restreint de personnes. Faire partie d’une telle sélection m’a fait prendre conscience que mon travail pouvait réellement plaire, être collectionné, être exposé. C’est arrivé à un super moment pour moi.

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Tu exposes régulièrement à la galerie Nellie Castan. Qui est elle ? Comment défend-elle tes projets ?

Nellie a tenu une galerie jusqu’en 2014. Elle a toujours exposé des artistes incroyables. J’adorais cet espace lorsque j’étais étudiant. Je venais aux vernissages, je prenais des photos des expositions. Puis, à force d’y aller, le manager m’a remarqué. Je cherchais un travail alors il m’a embauché comme accrocheur. J’y ai travaillé pendant 6 ans. Nellie voulait absolument voir mon travail d’artiste mais je ne me sentais pas prêt à lui montrer. Ce n’est qu’au bout de la quatrième année que j’ai osé. Elle a adoré. Elle m’a proposé de faire une exposition à l’arrière de la galerie, dans la partie expérimentale. Ca a super bien marché, bien vendu et l’année suivante elle m’a laissé l’espace principal pour mon solo show. J’ai passé des jours et des nuits à travailler sur les 8 énormes toiles qui ont composé ma première exposition.

Tu es diplômé de l'Université Royale de Technologie de Melbourne qui est l'une des universités des plus prestigieuses d'Australie. Comment se passe l'enseignement des arts là-bas ?

C’est une des trois meilleures universités pour les Beaux Arts à Melbourne où j’ai grandi. Ils placent une importance capitale dans la conception de l’oeuvre, la réflexion en amont de la création. C’est très particulier. Pendant plusieurs années les élèves ne font que réfléchir autour de la création. Nous présentions des portfolio d’images sur lesquelles des professeurs nous demandaient de réfléchir au pourquoi du comment. Ca peut être un peu décourageant pour certains. Il m’a fallu quelques temps après l’Université pour me remettre à créer. Je ne me sentais pas très bien à l’époque mais cette éducation m’a beaucoup servi pour la suite.

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Comment s'est effectué ton passage à la School of Visual arts de New York ?

Après un jour là-bas, j’ai fait une crise d’angoisse ! Je vivais chez mes parents à Melbourne, j’avais mes amis, mes occupations et je me retrouvais tout seul dans une ville incroyablement grande. Heureusement, il n’a pas fallu longtemps pour m’adapter. Il y a une telle énergie à New York, on en devient rapidement dépendant. Cela pousse à donner le meilleur de soi. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire, ma pratique était vraiment jeune. Alors j’ai beaucoup marché, je me suis adapté à la ville pour chercher des idées, structurer ma création.

Comment te projettes-tu dans les 10 prochaines années ?

Je suis assez sceptique alors je pense souvent au futur. Mais je suis également très différent de la personne que j’étais l’année dernière. Je pense être très changeant. Ce qui est sur, c’est que j’ai trouvé la voie vers laquelle je veux faire aller mon travail plastique. Donc je ferai surement toujours ces créations abstraites dans 10 ans. J’aimerais vivre à l’étranger, peu importe ou, peut être à New York et exposer de plus en plus en Europe.

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Par Balthazar Théobald Brosseau 

 

Zeh Palito - "Songe d'une nuit d'été"

Comme le sable entre les doigts, les mots nous fuient pour parler du travail de Zeh Palito. Le visage à demi effacé de ses figures humaines forment des îlots de silence dans l’explosion cacophonique et jubilatoire des couleurs qui scandent de surprenantes compositions où les fleurs exotiques et les animaux sauvages posent l’hypothèse du réel et les fulgurances de l’imaginaire. Nous l’avons interrogé un peu avant les Jeux Olympiques de Rio, alors qu’il travaillait sur un mur de l’aéroport.

« Je m’appelle Zeh Palito, artiste brésilien diplômé d’un master en design, et je suis aussi éclectique que le pays qui m’a vu naître. Je suis amoureux de ce pays, de ses couleurs chaudes et festives que je veux partager avec tous ceux qui les ont oubliées ou qui ne peuvent plus les voir parce qu’ils sont partis. Je suis ému, curieux, émerveillé par la nature et la beauté du monde, et j’espère que mes peintures font voyager car la peinture c’est l’histoire de ma vie, mon quotidien et cet enthousiasme que je veux partager. »

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Ton travail me fait penser au surréalisme de Dali, mais aussi,au post-impressionnisme de Gauguin. Qu'en penses-tu ?

Dali, qui a reçu une éducation artistique académique et qui est passé d'une brève période impressionniste au surréalisme où il a été un électron libre. Dans les années 50 il se rapproche des catholiques, et se tourne vers la Renaissance tout en s'inspirant des découvertes scientifiques de son temps. Comment ne pas aimer sa touche, son univers, sa curiosité ? Quant à Gauguin, c'est un de mes artistes préférés avec Henri Matisse et Francis Bacon. Mais je suis également passionné d'art africain et asiatique et je suis incapable de décrire mon travail ou de le ranger dans une catégorie. Je crains d'emmurer ce que je fais sous un label " street art, muralisme, néomuralisme..." Comme la culture brésilienne, mon travail est un mélange et j'essaie de rester curieux et ouvert. Alors je te laisse trouver la dénomination appropriée.

En Amérique du Sud, la culture murale est importante. Comment envisages-tu tes interventions sur les murs ?

La rue offre une possibilité de contact direct avec la collectivité à une échelle humaine. A l'origine, les muralistes se servaient de la rue comme tribune pour évoquer les situations politiques et sociales. Il y a de moins en moins de muralistes engagés. Les grandes marques passent des commandes aux artistes à des fins commerciales, l'Etat pour donner une touche originale et une identité aux quartiers gentrifiés. Je respecte le travail de chaque artiste, même si l'utilisation de l'espace public s'accompagne parfois d'une censure importante. L'art mural se plie comme le reste aux codes du marché.

Utilises-tu les mêmes medium sur toile et sur le mur ? As-tu un support de prédilection ?

J'utilise l'acrylique, le latex ou la bombe sur le mur. Sur toile, je privilégie l'acrylique. J'aime les peintures murales pour la liberté des grands espaces, l'énergie qu'on déploie et l'interaction avec le public. Mais j'aime encore plus la toile où je m'enferme, où je me perds, où je reste seul avec moi-même. En fait j'ai besoin de ces deux mondes, ces deux espaces différents.

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La composition est un moment crucial de ton travail. Comment prépares-tu tes oeuvres ? Comment hiérarchises-tu les étapes de la composition ?

Habituellement, j'effectue un travail préparatoire de recherches sur le lieu. Je me balade, je discute avec le voisinage, je m'imprègne de l'ambiance générale. Le pays, le quartier ont une énorme influence sur moi, je tiens à être connecté avec la communauté et le lieu. La composition commence toujours par un concept, une idée que je veux offrir en partage à mon auditoire. Je mûris le projet longtemps, chez moi, souvent dans mon jardin. Ensuite je prends les différentes composantes : la figure humaine, les animaux, les plantes. Je me libère en laissant vagabonder les images. Les idées viennent naturellement, mais il faut choisir le thème qui va structurer l'ensemble.

Peux-tu m'expliquer pourquoi les portraits sur toile ou sur mur sont-ils tour à tour effacés, brisés ou coupés ?

Il y a la magie et le mystère de l'inachevé. Chacun est libre de s'approprier ce que je fais en projetant son imaginaire. C'est important que le public puisse compléter le récit avec ses propres codes . Je crois également que mes personnages inachevés sont un peu comme moi, en évolution constante, en devenir, et qu'ils sont ouverts aux autres.

Tu as recours à des couleurs chaudes et vives pour les fleurs, les animaux, la nature. Le contraste est d'autant plus saisissant avec la figure humaine. Ce parti pris donne t-il du rythme à tes compositions ?

Je suis brésilien, latino, noir, métisse, "ops cosmic". Chacune des couleurs est une partie d'un tout vibrant qui me définit et donne un ADN à ce que je fais. Tous ceux qui viennent du Brésil connaissent l'importance de la nature. Elle fait partie de moi et de ma vie quotidienne. Je cultive des fruits et des légumes dans un grand jardin au milieu de nulle part. C'est souvent là que je viens me ressourcer après des voyages aux quatre coins du monde. J'ai d'autant plus d'amour pour la nature que les villes se développent très vite et même quand elles intègrent des éléments naturels, notre perception de la nature est transformée. A défaut de pouvoir agir sur l'évolution des villes, j'implante des bulles d'oxygène sur les murs et j'espère ainsi poser la question de notre place et notre avenir sur terre.

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Rien n'évoque les Jeux Olympiques dans ce que tu réalises pour l'aéroport. Ton parcours de grand voyageur a servi de passeport pour ce projet ?

J'ai voyagé dans 38 pays, vécu en Corée du Sud, aux USA, en Afrique et en Europe et ces voyages n'ont fait que renforcer mon amour et mon engagement pour mon pays. Le Brésil a un passé étonnant, avec ses indigènes, ses noirs américains amenés comme esclaves et les réfugiés politiques asiatiques qui sont arrivés pendant la seconde guerre mondiale. La situation économique et politique est loin d'être parfaite et je pourrais parler pendant des heures des inégalités conséquentes au colonialisme. Mais ma peinture n'est pas faite pour ce débat. A vrai dire j'ai réussi à convaincre l'aéroport de me suivre sans leur montrer la moindre esquisse. Nous nous sommes faits mutuellement confiance et tout le monde adore le résultat. Dès la fin de ce chantier je vais m'atteler à une gare dans le sud de Rio. Puis je dois aller à Curitiba dans le sud du pays peindre trois murs. Je pars avec deux amis, Ramon et Rimon. Nous allons travailler sur un building de trente mètres de haut. C'est la plus grande surface que j'aie jamais eu à réaliser, c'est très excitant !

Qui blâme la peinture, blâme la nature, disait Léonard de Vinci, et bien sûr tu seras d’accord. Comment voudrais-tu conclure ?

Je peins parce que je suis né pour peindre. Je crois que tout le monde vient sur la planète pour une mission et c'est ma mission. Et je souhaite à chacun de trouver sa voie!

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Par Louis Collet