LIU BOLIN

LIU BOLIN

À l’abri des regards

 

Lors d’une visite inopinée chez Saatchi pendant la quatrième édition de « START », une foire d’art contemporain propre aux artistes émergents et aux nouvelles scènes artistiques à travers le monde, nous apercevons une forme mouvoir dans cette immense explosion de couleurs. Étonnés, d’abord, nous ne tardons pas à comprendre que nous assistons à la première performance en direct de Liu Bolin, à Londres.

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Depuis 12 ans, l’artiste sculpteur, performeur et photographe Liu Bolin se fond dans ses photographies. À la manière d’un caméléon, à l’abri des regards désapprobateurs, il met en lumière les grands sujets de (sa) société : la politique et la censure, la tradition et la culture, la société de consommation et la liberté de la presse. Né en 1973 dans la province de Shandong, à l’est de la Chine, Liu Bolin vit et travaille à Pékin depuis l’obtention de son diplôme à l’Académie des Beaux- Arts du Shandong.

C’est en 2005 que Liu Bolin réalisera sa première série de photographies, intitulée «Hiding in the City ». La photographie expose les décombres d’un atelier situé dans le quartier d’artistes venant d’être rasé par le gouvernement chinois. Cet atelier c’est le sien. Liu Bolin, à demi visible, se confond dans les vestiges de son passé en signe de protestation silencieuse. Une photographie qui marquera le début d’un travail artistique et une renommée grandissante.

« Homme invisible » mais pas que. Il nous dira « qu’il veut essentiellement initier une conversation entre lui et son public. » Il souhaite engager celui-ci à se demander les raisons de sa présence et ses intentions. Son oeuvre est aussi une conversation conflictuelle entre l’humain et les créations produites par lui. Caché devant une peinture de propagande, il nous montre le poids du régime et la censure en place. Fondu dans les rayons de bouteilles d’eau minérales importées d’un supermarché, il dénonce la société de consommation.

 

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S’il performe toujours en « Bleu de Shanghai » celui des paysans et travailleurs chinois imposé par Mao, il nous expliquera qu’il est question des influences de son enfance. « Je suis comme tous les jeunes particulièrement influencés par le Parti Communiste Chinois. Je voulais être invisible aux yeux du gouvernement chinois pour mieux montrer ses influences. Dos au mur, confondu avec les grands slogans du parti, je tente de montrer comment ils déteignent sur moi et sur la population. »

La rentrée 2017 est pour lui le temps des premières foires et des rétrospectives. Liu Bolin exposait à Paris, et plus particulièrement à la galerie Paris-Pékin et à la Maison Européenne de la photographie. Il en a profité pour rendre visite au Centre Pompidou et s’est livré à un cache-cache géant dans la galerie des enfants.

Et pour finir là où tout a commencé, il nous parle de sa première performance en direct, chez Saatchi. « Je voulais offrir un rare aperçu de mon travail, faire découvrir à mon public l’envers du décor. J’ai réalisé cette fleur de soleil en référence à l’impressionnisme, et surtout au travail de Van Gogh, icône de l’art occidental. Je fais aussi allusion à l’utilisation de la fleur de soleil dans la culture chinoise. Et notamment à un important mouvement étudiant Taiwanais, « Sun ower Student Movement » qui a protesté contre un accord entre Taiwan et la République de Chine en 2014. Lorsque je m’évanouis dans cette fleur, je fais aussi écho à la voix des étudiants qui s’est aussi évanouie pour laisser place au conditionnement social du régime Taiwanais.

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